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Elsa Tomkowiak

Artiste plasticienne, elle a été accueillie en résidence sur la commune de Rives-du-Loir-en-Anjou dans le cadre du dispositif « Prenez l’art – Saison d’art contemporain en Anjou » porté par le département de Maine-et-Loire. Pendant ce temps de création elle a travaillé sur une œuvre exposée sur le Loir et sur une exposition visible à l’Engrenage Moulin de Villevêque.

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Présentation de sa création exposée sur le Loir


La couleur, vecteur d’énergie et de l’enthousiasme d’Elsa Tomkowiak, est surtout, pour elle, vecteur de lumière. C’est son outil pour réinventer un paysage et proposer une perception décalée d’un lieu, ici le Loir. Cet écrin de nature accueille son œuvre « OttO », une sphère monumentale, de 5 mètres de diamètre. Ce grand format qui traduit de l’immensité de la Nature qui nous entoure, revêt des couleurs vives dont le nuanciers ne relève pas du hasard.

C’est une obsession chez Elsa Tomkowiak, la disposition des couleurs et comment elles glissent de l’une à l’autre. C’est ce changement imperceptible qui anime son travail, puisque c’est elle qui crée ses nuances à partir de pigments et qui les amène ensuite à se fondre les unes aux autres. La pigmentation répond ici d’une attention toute particulière et d’un véritable travail de recherche.

Et si l’intensité de cette proposition frappe à sa découverte, c’est aussi parce qu’elle traduit un moment de création que le spectateur ne voit pas, mais qu’il peut deviner. Derrière la mise en couleur de cette immense sphère en PVC transparent se dessine le mouvement du corps. L’artiste, munie d’une brosse, a coloré cette œuvre à plat, jouant avec les plis pour créer de la transparence et de l’opacité. Sa gestuelle impeccable a étalé la couleur avec attention pour créer l’harmonie des fondus entre les nuances.

Le jeu de l’environnement conclut la présentation. Outre la rupture qu’opère cette œuvre sur le Loir, le cadre qui l’accueille assure également une continuité. Les éléments extérieurs font aussi le jeu de la création. La lumière du soleil joue sur les effets de transparence du plastique. Le vent et le courant de l’eau font danser la sphère, alors, sans besoin de bouger, le spectateur peut admirer cette œuvre sous toutes ses coutures et apprécier le tableau qu’elle offre au-delà d’elle-même.


C’est ça qui m’intéresse […] c’est les acteurs, les éléments extérieurs qui animent l’objet : que ce soit l’eau, le soleil, le vent.

Elsa Tomkowiak
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Grands Formats 2020

Armelle GH

Emplacement : Église de Villevêque

L’œuvre proposée par Armelle GH pour les Grands Formats 2020 est fortement inspirée de l’actualité puisque sont représentés l’ancien et le nouveau monde, le premier dégoulinant sur l’autre. Ses techniques s’approchent de celles de grands peintres comme Jackson Pollock car elle peint au sol et fait couler la peinture pour créer ses formes. Elle travaille sa peinture noire avec des pigments et des textures qui lui permettent ensuite de pouvoir mieux la manier au-dessus de son dessin qu’elle a préalablement réalisé au fusain. Elle vient ensuite apposer des touches de couleurs qu’elle a elle-même créées.

Site internet : https://www.by-armellegh.com/

Camille Outin et Thomas Jacob-Duvernet

Emplacement : Presbytère de Villevêque

Ces deux jeunes artistes ont collaboré pour le première fois à l’occasion des Grands Formats 2020 et vivaient également leur première expérience sur une toile aussi grande dans un temps imparti. Complémentaires, ils ont su créer leur univers onirique et fantastique qui leur ressemblent et qu’ils partagent. Lui sur les détails, elle sur les nuances de couleurs, ensemble ils ont parsemé la toile de clins d’œil à Villevêque. Le résultat traduit leur influence du monde de l’illustration et de la bande-dessinée.

Dinar

Emplacement : Mairie de Soucelles

L’artiste Dinar a voulu sortir de sa zone de confort pour sa création des Grands Formats. Habitué à réaliser des lettrages, il a voulu créer tout autre chose cette fois. Il est venu sans idée définie, souhaitant imaginer son œuvre sur place. Tout au long de la journée il a alors ajouté, retiré des couleurs, dessiné et repris des lignes et des courbes, aux grès de son inspiration. Alliant géométrie déstructurée, abstraction, couleurs et formes, son objectif était de véhiculer des sensations aux spectateurs.

Gilles Lamour

Emplacement : Église de Villevêque

Peintre abstrait, Gilles Lamour a réalisé, pour cette édition des Grands Formats, ses grands aplats de couleur caractéristiques. Son œuvre se compose de formes géométriques et colorées. Chaque espace et chaque couleur renvoie à un concept. L’artiste sème alors la vie, la mort, l’amour, la terre, la Nature et l’espoir au gré de sa toile. Réalisée à l’acrylique, sa production s’est lentement dessinée tout au long de la journée de création, le peintre devant se confronter au temps séchage.

Marji

Emplacement : Rue du Général de Gaulle à Villevêque

Grapheuse et illustratrice, Marji est une artiste à l’univers très bucolique composé de végétaux, de fleurs et de petites créatures qu’elle décline à la fois sur de grandes et de petites surfaces. Habituée aux grands formats, elle savait déjà ce qu’elle allait réaliser pour celui-ci même si la composition ne s’est réellement concrétisée qu’une fois sur place. Elle a allié ses techniques de graphe et de peinture pour créer cet effet de profondeur sur son œuvre aux feuillages tantôt bombés, tantôt peints.

Matthieu Borel

Emplacements : Centre de loisirs de Soucelles

Graphiste indépendant, Matthieu Borel a appris la graphe en même temps que l’art numérique. Pour cette création, il s’est inspiré de l’univers de Matisse et de ses formes bien identifiables. Il s’était préparé à ce moment de création et avait réalisé un schéma sur lequel il s’est appuyé. Son idée était de créer un cadre dans un cadre. Ce qu’il aime dans le graff, c’est de jouer avec les lignes de son dessin et presque danser avec la bombe. À la recherche de grandeur, il a aussi accordé beaucoup d’importance aux colories choisies.

Site internet : https://matthieuborel.com/

Patrice Naturel

Emplacement : Plage de Villevêque

Patrice Naturel avait déjà participé aux Grands Formats et exposé sur le parcours d’art. Cette fois, il est venu avec une intention bien précise derrière sa réalisation,
laisser libre cours à son expression artistique. Il souhaitait avant tout se faire plaisir et créer un tableau frais et “facile à voir” dans tous les sens du terme. Il ne faut donc pas chercher de message complexe derrière cette télévision qui trinque avec cet ananas. Habitué à travailler sur de grandes surfaces, l’artiste a tout de même dû s’adapter aux contraintes de temps pour cet exercice et adapter sa technique pour obtenir la texture caractéristique de ses personnages.

Site internet : https://patricenaturel.fr/

Sylvie Gautreau

Emplacement : Rue du commerce à Villevêque

Sylvie Gautreau avait déjà participé aux Grands Formats dans la précédente édition, mais c’est la première fois qu’elle se confronte seule à la toile, avant elle était en compagnie de deux autres personnes. Pour sa réalisation, elle avait déjà réfléchi à ce qu’elle allait proposer et souhaitait représenter un monument emblématique du patrimoine de Rives-du-Loir-en-Anjou : l’Engrenage Moulin de Villevêque. Elle s’est alors inspirée d’une photo pour peindre l’édifice aux couleurs chaleureuses.

Vincent Dupé

Emplacement : Rue du Pavé à Villevêque

Grapheur, Vincent Dupé est habitué à créer de grands formats, même s’il crée davantage sur des murs que sur des toiles. Pour son œuvre, il a réalisé différents éléments qui entrent en résonance et semblent transmettre un message pimenté au sujet de ceux qui, ces derniers mois, ont mis du cœur à l’ouvrage. Cependant l’artiste aime que chacun puisse se faire sa propre interprétation.

Xavier Bessière

Emplacement : Place de la Mairie à Villevêque

Xavier Bessière a beaucoup été influencé par les peintres du XXe siècle et notamment Jean-Michel Basquiat. Néanmoins il affirme que chaque artiste a son propre style et que chacun est capable de créer. Motivé par l’émotion, il traite essentiellement du vivant. Il peint hommes, femmes, animaux parfois presque inconsciemment, mais toujours dans l’idée de représenter des êtres animés qui se mêlent et s’entremêlent jusqu’à ne plus se distinguer les uns des autres.

Site internet : https://www.art-xb.com/
Galerie en ligne : https://www.galerie-com.com/artiste/xavier-bessiere/19022/

L’atelier d’Art Plastique de Rives-du-Loir-en-Anjou

Emplacement : école Julie Bodinier à Soucelles

Cette toile est une réalisation à six mains créée lors de l’édition 2019 des Grands Formats par des membres de l’Atelier d’art plastique de la commune.

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Philippe Roy

Sculpteur, il aime proposer des œuvres monumentales. Depuis très jeune, il exprime ses ressentis en créant. Très personnel, son travail se centre sur deux supports : les sphères et les totems, ce que l’artiste caractérise comme sa féminité et sa masculinité, son Yin et son Yang. Il utilise des matériaux tels que l’acier inoxydable et les résines. Ses créations allient alors force et élégance.

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Sa démarche artistique

Le propre de la démarche artistique n’est-il pas, en plus de transmettre un message singulier, la possibilité pour tous d’y trouver un effet miroir…
Que celui qui y voit des sexes féminins se remplisse de plaisir
Que celui qui y voit le fer d’une épée y puise la force pour son combat
Que celui qui y voit une déchirure y trouve sérénité et cicatrisation
Et que celui qui n’y voit rien…
Que celui-là y trouve le questionnement
Point de départ de son cheminement.”

Philippe Roy

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Sa proposition pour Nov’Art 2020

Les œuvres de Philippe Roy se situent dans la grande prairie du parc du château où elles jouent avec la profondeur et la perspective qu’offre cet endroit. Disposées en triptyque et en diptyque, les sphères emblématiques du sculpteur semblent être regroupées en famille, entre grandes et petites sphères, entre mères et enfants. L’artiste amène le spectateur à prendre du recul et à apprécier la profondeur du lieu et, si ses créations sont minimalistes, elles offrent aussi des détails surprenants à leur approche. Le public est alors invité à venir au plus près des œuvres, jusqu’à les toucher pour mieux appréhender la texture de la matière noire qui les recouvre.

Emplacement : Parc du Château de Villevêque

Site internet : http://www.philippe-roy-sculpture.com/

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Vincent Tétu

Cet artiste sculpteur travaille le bois. Il en apprécie les différentes essences et crée à partir de troncs entiers pour en extraire des œuvres aux formes aériennes. Même s’il entame ses créations à la tronçonneuse les courbes qui en ressortent n’en sont pas moins raffinées et délicates. C’est sûrement dû au fait que ses créations dessinent le mouvement du bois, ses lignes et ses nœuds, magnifiant et mettant en valeur cette matière brute naturelle.

Sa démarche artistique

Vincent Tétu travaille différents matériaux comme le bois, les métaux, la pierre… et de toute sa carrière il a toujours exercé des activités manuelles. D’abord carrossier, il s’est formé pour être tailleur de pierre, puis est devenu autodidacte en sculpture sur bois. Sa démarche est motivée par l’envie de créer une harmonie entre les éléments naturels, les matières brutes et l’intervention de la main de l’Homme, de sa main sur une pièce. Aujourd’hui artiste-sculpteur, il attache de l’importance à faire le pont entre l’artistique et l’artisanal. Ces questions le touchent plus particulièrement qu’elles relèvent pour lui du rapport avec le patrimoine et l’architecture. Son travail de recherche, de façonnement de la matière dans le processus de création de ses œuvres passe par cette approche.

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Sa proposition pour Nov’Art 2020

Vincent Tétu propose un assemblage de bois, inspiré des techniques de travail artisanales. Cette structure se compose de deux essences : du cèdre et de l’if. Ce dernier est le bois favori de l’artiste de par son histoire, son usage et ses particularités. Aussi parce qu’il est autant maléfique que bénéfique. Cette installation se veut accessible aux spectateurs qui ont la possibilité d’approcher, contourner l’œuvre. Installée dans le parc du château, elle entre en résonance avec les arbres qui l’entourent. Avec du recul ou au plus près de la création, dans tous les cas, l’artiste sublime le bois et l’assemble pour mieux le proposer à l’interprétation libre du public.

Emplacement : Parc du château de Villevêque

Site internet : http://www.vince-t-sculptures.com/

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Lasco

Plasticien, Lasco travaille ses sculptures avec des matériaux naturels ou de récupération. Il place beaucoup d’importance dans l’idée qu’il souhaite transmettre par ses créations :

« Je crée ce que je ressens de la société qui m’entoure. »

Motivé par l’intention, il recherche ensuite ses matériaux dans les déchets naturels ou industriels comme les biens de consommation pour créer.

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Sa démarche artistique

Mes voyages ont souvent été l’élément déclencheur d’une création plastique, une source d’inspiration, un point de départ pour une aventure vers l’autre. Mais un autre, différent, singulier et non pas exotiques. Ces voyages en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud sont probablement pour moi un moyen de retrouver les racines intérieures, mon arbre archaïque.

En tant que plasticien, je choisis des matériaux que notre société fournit avec générosité, mais également les déchets naturels. J’utilise tous ces éléments pour diriger mon idée, je les réorganise, je leur attribue de nouvelles formes ou de nouvelles significations. Ainsi ces déchets retrouvent une nouvelle vie et une autre valeur. Je souhaite ainsi mettre en évidence les enjeux, culturel, écologique, social de notre époque.” La

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Sa proposition pour Nov’Art 2020

Pour sa participation à l’édition 2020 de Nov’Art, Lasco a imaginé un parcours d’une dizaine de sculptures, ou plutôt d’une dizaine d’animaux surprenants. Ici, une araignée tisse sa toile, là un renard est aux aguets.
Si les formes et les couleurs de ces créations sont inattendues, elles le sont tout autant que les matériaux qui les composent. Elles sont toutes réalisées avec des éléments de récupération. Certaines œuvres sont créées à partir de carrosserie de voiture dont la tôle est découpée puis assemblée et la structure manipulée pour travailler le volume des animaux.
Dans cette démarche, Lasco trouve de la satisfaction/aime à faire de belles choses avec ces matériaux de recyclage, qui ne sont pas des matières nobles et qui restent très liés à l’industrie.

Emplacement : Parc du château de Villevêque

Site internet : https://atelierlasco.com/

Blog : https://atelierlasco.tumblr.com/

Élodie Lemerle

 

« Les noms de tout le genre humain »

Installation : 3 vidéos, 3 poèmes, 3 paysages sonores, 10 dessins au fusain sur voilage 50×50 cm, 2 dessins sur voilage et drap de 200×120 cm, 40 fragments de marbre avec transfert photographique, 19 fragments de draps plâtrés.

Réalisation pour NOV’ART – 2018

Le voyage incarne une quête initiatique, une connaissance du monde et de soi-même. Mais le voyage ici est le chemin parcouru pour ces brutales et longues migrations.La longue errance d’Ulysse est à l’image de toutes les errances. La référence est là. Évoquer le départ, le parcours, suggérer les épreuves en invoquant un poème fondateur de notre civilisation, pour parler de l’humanité. Le sujet est planté : donner « les noms de tout le genre humain », pour mettre en abîme l’humanité, ses multiples visages et la mesure de ses limites.

L’épopée traduit et condense les histoires des hommes de tous les temps. Les mots planent, interpellent et font écho à l’image comme l’ultime tentative de briser le silence. La main secoue brutalement le drap, toutes les violences sont contenues dans le geste et traduites par l’éparpillement d’éclats flottant jusqu’à devenir poussière.

L’errance, la violence du départ , l’arrachement à sa terre natale sont les éléments clefs de la démarche. S’arracher, fuir, survivre, la métaphore du parcours de migration est portée par chaque élément scénographique. Ces fragments de paysages qui suivent ses radeaux sont comme les bris des origines, le dessin de ses visages sur voilage souligne la contrainte de l’effacement, perdre son humanité, tel Ulysse, afin de survivre. Ces visages existent , ils sont sortis de ses masses médiatiques et voguent sur des embarcations de fortune , cortège de souffrance qui révèle la vulnérabilité de l’existence humaine dans lequel le spectateur se trouve pris dans le flux. Ainsi , il est appelé, lui aussi, à trouver son nom dans tout le genre humain  dans ce face à face symbolique qui le renvoie immanquablement à un face à face au monde dans lequel il vit .

Extrait d’un des poèmes écrit en référence à Ulysse d’Homère

« les voilà sans élan

ceux qui errèrent

passèrent par tant d’angoisse

rêvant de revenir tout droit à leur terre natale

chercher quelques échos au commencement

pour en savoir les noms

de tout le genre humain »

Elodie lemerle

Zhang Qiong Fei

 

Exode exil, telle est l’œuvre de Fei appelant à approfondir la nature de son esprit visionnaire, le péril de la vie du meuble et de l’immeuble en passant par le monde soutenu vers une analyse de l’avènement de la fin. Aucune rivalité avec la vie, aucun deuil, juste la fin d’une époque et d’un monde vivant.

Conformément à sa rigueur chaque jour est un jour pour l’art, tableaux, sculptures, encres de Chine, papiers découpés. Les mots seront toujours flous, mais l’effet précis est complexe. Elle analyse d’abord son sujet à partir de photos, modèles ou objets. Et conformément à l’image qu’elle a de l’humanité, il découle que l’époque devienne une procession apocalyptique.

Fei est née à partir d’une critique : «  ça ne sera jamais un garçon ! » Le pouvoir des femmes ce n’est surtout pas de prendre le pouvoir, mais à partir d’elles même juste rendre une justice globale de la vie. Telle est la définition de l’œuvre de Fei.

Extraits du texte de Francky Criquet, photographies © Zhang Qiong Fei.

Francky Criquet

 

J’aime Goya, j’aime le désespoir de l’Espagne. J’aime Picasso, vivre en dehors de son temps. J’ai peint près d’un an en Andalousie, près de Cadiz, à Chipiona, dans l’atelier de Julio Fernandez Ceballos, mon maître. Cela me manque, du moins, je le pense. Peut-être est ce manque qui me permet de peindre ce que je suis aujourd’hui. Allez voir un artiste qui n’a pas besoin de reconnaissance !? Si un jour vous le rencontrez, regardez-le bien, regardez-le bien de loin, car vous verrez l’artiste, l’artiste face à lui-même qui se croise entre ses cornes et qui n’arrête pas de se vaincre – seul – un artiste sans reconnaissance c’est une personne qui ne reste pas maître de sa vie. Chaque jour une vague tueuse ravage les rives de ses ambitions.

La crise n’est qu’un trou d’air, l’artiste n’a plus de patrie, toutes les nationalités lui sont bonnes, il bouge, il doit bouger pour subsister…Je déclare que l’œuvre est un miroir adapté à chacun mais en aucun cas le monde qui s’y réfléchit. L’idée ou l’inspiration c’est le rejeton de l’œuvre. Moi, je peins par nature pour imiter l’ART sur un fondement de liberté sans arrière-monde, sans nostalgie, je peins à venir comme un second prolongement du futur. L’image n’est pas l’actualité, mais simplement le projet culminant du mythe de l’œuvre. Derrière le sentiment que je puisse donner un tant soit peu de la réflexion dans la naïveté de mes tableaux, mon art n’existe ni de l’intérieur et ni de l’extérieur. Il est juste là en surface n’obéissant à aucune loi, sans mesure, restant intacte et immobile en représentation sensible.

Plus que l’artiste…

Mes toiles débordent sur le silence pendant que les pinceaux me guident à l’intersection d’un monde imaginaire. Plus rien n’est comme hier. Le temps patine sa propre ombre de lumière. Les couleurs glissent comme des larmes de rosée. La peinture me tient en joue. J’attends le tir, j’attends le bout. L’illusion complète du rêve me tend la main, je la coupe avec du rouge et la cerne avec du bleu, m’agrippe à des éclats de mémoire. Je fouille dans la palette comme je fouille dans ma vie les couleurs qui me restent… La toile avance telle une montagne qui n’arrête pas de grandir…Le tableau est là !

Je peins

« Radicalement je peins. C’est absolu. Je peins. La peinture ne devient pas et ne sera jamais littéraire. Le peintre s’orne de couleurs tel une offrande. Dans son unique idéal, l’idée de l’art est sacrée. C’est donc en parfait amour et en parfaite peine qu’en artiste rigoureux, je peins. Mon talent est formel et ne veut apporter aucune contribution à la tradition légitime que les ateliers d’art veulent transmettre. Je suis un pur autodidacte, avec ses tendances bien sûr, et parfois certaines influences…. Mais si déformations il y a, je ne tiens mon art d’aucun héritage et je le proclame avec un dilettantisme vainqueur… »

Ma liberté

« Je suis pris à mon propre jeu que je nomme finalement ma liberté et je m’invente chaque jour de nouvelles règles pour être sûr de ne pas devenir l’objet que je traite. La règle est simple : il faut juste rester fidèle à soi-même. Alors on emboîte les notes comme on emboîte les couleurs sur la toile, la liaison d’une couleur à l’autre, l’accumulation des gestes précis , variables, pour donner une impression plus ou moins éclatante, brillante et sardonique. Entendre les couleurs comme on entend la musique… Toutes les couleurs ont une note allant du grave vers l’aigu. La couleur est un lieu habité par un son.»

Peindre avec le ventre

« Je voudrais chaque jour créer une oeuvre capable de nous arracher des larmes ou de nous rendre tout à coup légers, confiants et heureux… Faire de la peinture plus sensible encore, une peinture capable de nous troubler, de modifier notre manière habituelle et routinière de regarder la réalité… Je peins avec quelque chose qui est de l’ordre de l’intuition, de l’émotion… Peindre avec le ventre, peindre sur cette route qui n’est nulle part ailleurs qu’en soi-même. »

 

Francky Criquet

Gérard Lhériteau

 

GRAINES D’ESPACE             

 

Installation de GERARD LHERITEAU.

 

SI ancré dans la Terre-Mère ,

recherchant les lianes de clématites

migrant de haies vives en arbres

solaires , Gérard se déploie entre le

dos des étendues champêtres et

la  liberté des aériens

solitaires .  Aucune

fatuité , mais un rêve léger enfin

alisé.

 

Façonnage acharné des lianes en filets-sphères . Elles s’inclinent portées par les courants aériens; et parfois chutent , sons légers de paniers d’osier; un grand nid les recueille , et les  projette au sommet des perches souples.

 

Danse des «GRAINES D’ESPACE»,  légères, qui se méfient du trou noir du «Non – Sens».

L’artiste qui «vole de ses propres ailes» les organise en constellations ,

reliées au sol par la poésie .

 

Gérard , toujours reprend son ouvrage , dix fois , vingt fois , cinquante fois….

«Les Dieux sommeillent et l’honorent d’une confiance amène» .

Le  rondeau 14 de Guillaume de Machaut chante son geste

«sa fin est son commencement et son commencement est sa fin»…

Ainsi se vit le cercle en magique expansion de l’œuvre infinie.

Yves Phelippot – mai 2018

 

Maya Mémin

Maya Mémin, graveuse

Se débarrasser de la figuration fut pour Maya Mémin une rupture véritablement salvatrice pour le développement de sa pratique. Depuis toujours, la gravure est l’activité véritablement centrale dans sa production plastique. Elle n’a de cesse d’en renouveler les pratiques, de pousser logiques et procédures au maximum de leur puissance créative. Dans cet art, sans savoir-faire ni maîtrise, difficile de produire des estampes intéressantes tant les contraintes y sont fortes. Pourtant, comme chez nombre d’artistes, c’est justement leur dépassement qui l’amène à libérer sa créativité.

Plier les contraintes

Si une oeuvre « est l’énoncé par l’artiste de ses notions de la réalité dans les termes du discours plastique », Maya Mémin en considère les ressources une par une : presse, matrice, encre et papier, autant d’ingrédients indispensables. En expérimentant leurs limites, elle parvient à en faire le générateur même de ses créations, pour autant sans formalisme ni démonstration de virtuosité technique. Le jeu des différents paramètres produit le travail et construit la logique des oeuvres, abstraites. Et contrairement aux traditions qui situent la gravure du côté de la reproduction d’une image existant par ailleurs (et a minima sur la matrice), elle l’utilise comme un en-soi, en se passant de tout référent iconique.
Maya Mémin est une femme du papier ; la création est chez elle issue directement de cet uni-vers. Son regard en explore tous les aspects, embal-lage compris. Ainsi un très beau kraft gommé, vergé et, surtout, armé, emballe les grands rouleaux de papier japon qu’elle fait venir d’Orient. Par un singulier retournement, il est devenu la matrice de ses estampes, au sens propre. Plié parfois, encré puis passé sous la presse, les plis et les motifs dessinés par les fils de renfort constituent la matière même de ses gravures, son grain pourrait-on presque dire, son emblème. Chaque morceau est utilisable un très grand nombre de fois : plus il s’abime au fil des encrages, essuyages et pressages, plus les formes produites sont nourries et vivantes. Chaque tirage est donc un exemplaire unique, tout le contraire de ce que permet la gravure. Seule la dislocation com-plète mettra un terme à son usage. Les déchirures qui apparaissent engendrent des manques, qui pro-duiront autant de réserves. Songeons ici à Pierre Soulages qui, dans un esprit empirique comparable, a détourné l’usage de l’eau-forte jusqu’à ce que l’acide troue les zones non vernies de ses plaques de cuivre, produisant des formes surprenantes et inattendues, engendrant des blancs – de fait encore plus blancs – dans les tirages de ses estampes. On le voit, « spéculations et expériences accompagnent sans cesse la quête du graveur qui n’obtiendra son efficacité qu’à la suite d’innombrables essais, échecs, reprises et retours à des solutions abandonnées. » Elle expérimente, recherche sans relâche et cultive au final « la pauvreté des choses hissée au rang d’épure. »

Graver la couleur même

La couleur renvoie étymologiquement à ce qui cache une surface. Mais à l’encontre du soupçon de corruption des choses ainsi recouvertes, Maya Mémin l’emploie plutôt dans une logique de révélation des matières, des fibres et des structures que le passage sous le cylindre de la presse exalte. Selon Massimo Carboni, « beaucoup plus que la forme – qui procède de l’Idée, de la vision théorique –, la couleur est en relation avec les pulsions profondes, ingouvernables, […] donc au principe de plaisir (alors que le dessin est lié au principe de réa-lité par sa capacité d’identification objectale). » Et pour elle, « faire flamber la couleur » constitue une forme de victoire chaque fois qu’elle la pousse à son expression juste, fût-ce au prix de « grincements » – comme elle dit – dans les rapports chromatiques subtilement construits, jusqu’à atteindre « l’épuisement de la source colorée ». « La tête dans la couleur », elle ne grave pas en couleur, elle grave la couleur même, issue d’un usage raffiné d’encres typographiques CMJN, celles utilisées pour la quadrichromie offset du quotidien local, Ouest-France. Tout est toujours essuyé au maximum pour ne laisser que le strict nécessaire de la couleur, sa quintessence. On pourrait presque y voir un positionnement artistique, une véritable esthétique de la retenue.
À l’image du peintre Kenneth Noland cher-chant à atteindre la pure « force génératrice » de la couleur, il s’agit pour elle aussi « d’obtenir que descende, sur la surface la plus mince qu’il est concevable, une surface tranchée dans l’air comme au rasoir. C’est entièrement de la couleur et de la surface. C’est tout». Ainsi, le coloris dans sa puissance et sa vibration produit la forme ; les formes colorées s’agencent dans l’espace du support, dans des combinatoires sans cesse renouvelées, une façon de « dégager les éléments de forme, les arranger en subdivisions ; […] la polyphonie plastique, l’obtention du repos par l’équilibre des formes. » Ce propos de Klee résonne harmonieusement avec la pratique de Maya Mémin, pour qui la couleur est devenue essentielle. Le peintre notait : « La couleur me possède. Point n’est besoin de chercher à la saisir. Elle me possède, je le sais. Voilà le sens du moment heureux : la couleur et moi sommes un.» Maya et la couleur ne sont également qu’une.
Pourtant, cela ne fut pas toujours le cas, loin s’en faut. L’apparition du chromatisme dans ses travaux est liée au véritable choc ressenti à la vue des Rothko à Londres. Ce dernier affirmait à propos de ses peintures : « Les gens qui pleurent devant mes peintures ont la même expérience religieuse que celle que j’ai eue en les peignant ». Pour elle, l’émotion esthétique fut très puissante, fondatrice même : elle ne soupçonnait alors pas que la couleur allait subvertir sa pratique, au tournant des années quatre-vingt-dix, reléguant même le dessin. À cette époque où dominaient le noir et les teintes assourdies des papiers qu’elle fabriquait, Briac Leprêtre – alors tout jeune artiste – lui demanda pourquoi elle n’introduisait pas la couleur dans son travail et lui amena très vite trois petits pots d’encres typographiques. La question chemina et infléchit singulièrement, on le voit, sa pratique.

 

Déplier l’espace

La presse à graver est un engin plein d’une « inquiétante étrangeté », tout empreint du souvenir de la photographie culte de Meret Oppenheim par Man Ray, Érotique voilée. Pièce essentielle de ses ateliers successifs, elle y est toujours position-née au millimètre. Comme un chas d’aiguille, tout doit passer par elle et en sortir. La gravure se regarde les bras pliés, lui avait affirmé quelque peu dédaigneusement un de ses professeurs de peinture à l’école des beaux-arts de Rennes. Maya Mémin y a vu là précisément le rapport évident avec le livre. Longtemps encore après, elle fait toujours sienne cette remarque, avec ironie et délices. Il n’est qu’à considérer sa production particulière-ment abondante de livres d’artistes – au sens bibliophilique du terme -, dans un dialogue fécond avec les poètes et les écrivains dont elle apprécie la création et la collaboration, pourvu qu’elle soit réitérée. Avec la presse, le travail se passe à plat et à l’envers. Ensuite, le déploiement s’opère dans l’espace. Certaines pièces (notamment des grands formats) peuvent alors être présentées indifféremment à l’horizontale ou à la verticale, chose assez rare pour être signalée.
Pour autant, elle ne limite pas son activité aux formats ordinaires mais procède souvent de manière bien différente. Les dimensions de la presse conditionnent les possibles ; l’artiste opère des prodiges de conception pour en forcer les li-mites, les étendre bien au-delà de l’usage ordinaire. Pliages et superpositions de papier de très grandes dimensions, matrices multiples, multi encrages simultanés, etc., elle s’y entend comme personne pour en obtenir beaucoup plus de cette étrange machine. S’appuyant sur des stratégies d’ordre empirique et une grande maitrise des gestes de l’estampe, elle cultive un goût certain pour les for-mats gigantesques. De sa presse de 90 cm de large sortent parfois des estampes de dimensions étonnantes, mesurées en mètres. En gravure, le travail se fait à l’aveugle jusqu’à la séparation de la matrice et du papier imprimé. Chez Maya Mémin, le processus tient en outre de la révélation : c’est uniquement au moment du déploiement de ces grands formats pliés sous la presse que le résultat en devient visible, emplissant d’un seul coup l’espace de l’atelier, saturant l’espace de couleur. Et si certaines de ses gravures sont surdimensionnées, c’est parce que leur présentation relève plutôt de l’espace à trois dimensions. Comme des sculptures de couleurs, ses pièces s’étirent alors entre sol et plafond, kakemonos ou bannières, ou bien s’étendent à l’échelle du mur.

 

Architectures de couleur

Ses oeuvres dialoguent de manière évidente avec l’architecture. Elles ont la géométrie et la lumière en commun. Ses expositions, véritables lectures plastiques des espaces d’accrochage, proposent des immersions dans ses environnements chromatiques. Et « quoi qu’on fasse, on est dedans. C’est quelque chose qui ne se commande pas. »
disait Mark Rothko. Elle porte une attention minutieuse à la mise en espace, dans des lieux d’art établis (galeries, musées, etc.) comme dans d’autres parfois plus inattendus. Invitée dans ces lieux, elle va souvent dans les endroits où nul ne l’attend, se saisissant de toutes les possibilités qu’offrent les espaces, même les moins prévisibles. L’éclairage étant essentiel à faire vivre ses oeuvres, elle utilise de façon souvent surprenante les sources lumineuses. Ainsi, les fenêtres dans le toit sont par exemple souvent transformées en puits de lumière colorée infusant au travers de ses bannières, disposées comme des piliers fluides. Ailleurs, ce sont les vitrages qui lui servent de cimaises transparentes, proposant des points de vue réversibles sur ses créations.
Ses oeuvres, qu’un souffle anime, suscitent des déambulations et nécessitent pour le spectateur, à l’instar de celles des expressionnistes américains, un corps attentif et circulant pour une «promenade dans le spectre ». À rebours du recul nécessaire pour embrasser d’un seul regard un grand format, il semble préférable de laisser l’oeil errer sans possibilité réelle de se focaliser sur un élément, de considérer davantage des structures, des rapports entre les zones colorées, entre les signes qu’elles portent.
Elle a plusieurs fois travaillé dans des chapelles, notamment sur la création de vitraux (Querrien, Arradon). Pas d’esprit religieux pour autant dans ces travaux, mais une véritable sensibilité aux lieux inspirés. A chaque fois, le travail avec la couleur pour créer la lumière relève d’une analyse précise et sensible de l’architecture pour faire dialoguer entre elles les ouvertures, créer des dynamiques colorées mouvantes, « laisser se poser le soleil » comme elle dit. Pour tout artiste, la conception de vitraux est ardue tant est complexe le travail nécessaire au créateur comme au verrier afin de trouver un terrain d’entente. Pour les deux parties, l’aventure conduit sur des terrains inconnus, mais le résultat est à ce prix.
Au sortir d’une de ses expositions, comment formuler ce que l’on a vu ? Il est difficile de le dire précisément, tant l’artiste nous emmène sur des chemins de traverse Les dimensions et le travail de la couleur situent plutôt les choses dans le domaine de la peinture quand les oeuvres exposées dans les trois dimensions les raccrochent tout autant au volume. Ce ne sont que gravures, gravures, gravures. Une manière médiate de faire des mondes colorés.

Philippe Dorval, juin 2016
Philippe Dorval est enseignant d’arts plastiques au Département Car-rières sociales de l’Iut de Rennes.
Ses publications portent sur l’art contemporain et sa réception.
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